Luc Delmas et ses cahiers de chant

Avant-Propos

Ces Cahiers ne seront jamais publiés ! Ils sont le témoignage d’un enseignement qui a débuté il y’a 20 ans et leur confidentialité a été préservée jusqu’à ce jour et le restera.
Alors ! Ami chanteur j’attends ta question !
« Pourquoi en faire mention ? »
La réponse n’est pas si simple !
Le 21 Octobre 1983, j’ai donné mon premier cours de chant dans le cadre du Centre Lyrique Musica Aeterna.
Ce premier cours a été suivi d’un compte-rendu, assorti de commentaires, afin d’établir le programme du cours suivant.
Le principe venait de se mettre en place avec le cahier N° 1 et sa continuité ne devait désormais connaître aucune exception.
A ce jour, 28 cahiers sont ainsi archivés et totalisent 16660 cours de Technique Vocale personnalisée.
Leurs transcriptions attesteront à tous moments de l’authenticité de mes constatations mais également de mes contestations !

C’est ma vie…

C’est ma vie…
Je suis « né au chant » en 1948, j’avais 20 ans !
La guerre venait de se terminer et après des années de silence, le besoin de s’exprimer, d’une façon ou d’une autre, était une évidence.

L’Art Lyrique bénéficia, pour sa part, d’une génération de chanteurs de qualité, particulièrement en tessitures Ténors ( concours de Cannes en 1954) ; le phénomène Luis Mariano n’était pas étranger à cette éclosion.
En 1951, mon diplôme d’ingénieur « en poche » (souhait paternel satisfait ) j’ai pu entreprendre mes études de chant au conservatoire de Toulouse dans la classe de Léo Timbal.
Engagé à l’Opéra de Montpellier pour la saison 54-55, ma carrière a débuté sans qu’un point final ne soit apporté à mes études.
Sans en avoir pleinement conscience, la bipolarité de ma formation a influencé considérablement le cours de ma vie professionnelle.
Résidant à Toulouse, Expert judiciaire en semaine, je consacrais de grands week-ends à l’Art Lyrique et à mon répertoire de Ténor. La période des années 1950 et 1960 facilitait cette « double casquette » : Pour les premiers plans en représentations, la mise en scène était classique et traditionnelle ; Les ouvrages se mettaient en place avec un ou deux Raccords et une Générale. Les théâtres du sud de la France, Capitole de Toulouse, Grand Théâtre de Bordeaux, Opéra de Marseille…sans oublier les Opéras d’Alger, Oran, Constantine, reprenaient en Français le grand répertoire souhaité par les abonnés .
En octobre 1959 ,sur une invitation de Gabriel Dussurget , Directeur Artistique de l’Opéra de Paris, J’ai auditionné pour les deux opéras affectionnés par le Général de Gaulle et proposés à ses invités de marques.
CARMEN : L’ouvrage quittait l’Opéra Comique pour l’Opéra Garnier, dans une mise en scène somptueuse signée Raymond ROULEAU.
FAUST : Un enregistrement  » live  » m’avait précédé en provenance d’Alger accompagné d’une amicale recommandation qualifiant mon  » contre-ut  » du plus beau de France ! Merci, Monsieur le Directeur ! En souvenir , j’ai gardé cette bande magnétique : C’était mon premier Faust…..

Début 1960, des évènements familiaux m’imposèrent de quitter la capitale pour Toulouse ou ma présence devenait indispensable. Cette situation pris fin, malheureusement en 1965.
Après une longue maladie, la mort de Léo Timbal, mon beau-père et professeur, devait donner à cette année 1965 un caractère fatidique et déterminant pour le reste de ma vie artistique.
Le choc émotionnel opéra instantanément : La voix parlée n’était pas touchée, mais l’appareil refusait toute participation à l’émission du registre aigu; Traduction en termes de Phoniatrie Médicale : Phonopathie Dysfonctionnelle d’origine Psychogène
Pour accepter ce nouveau contrat de vie, l’éloignement de Toulouse et du milieu artistique devenaient inéluctables. A bien des égards, la région parisienne s’imposait et représentait l’unique possibilité de réussir cette reconversion..
Nous étions en 1967 ; Pour mon épouse, également artiste lyrique et moi-même, un nouveau départ était donné.
Ces années de silence, sans aucune vocalité , sont sans doute les plus riches quand à ma recherche dans le domaine de l’expression vocale en général et surtout dans la mise en cause de certaines émissions « ouvertes ».
De ceci nous reparlerons dans un autre chapitre….
En 1972, répondant à une demande associative de création d’un chœur lyrique, j’ai constaté avec stupéfaction et émoi, que la totalité de ma tessiture était de nouveau exploitable ; C’était une résurrection !
Pour la petite histoire, cette association est devenue MUSICA AETERNA et j’en ai la responsabilité artistique depuis 30 ans…
Jeune préretraité de l’Industrie, j’ai accédé à l’enseignement du chant , Conservatoires , Ecoles de Musique et de Chant , dès 1983 ; La consignation de la totalité de mes cours regroupés par Structures Enseignantes, représente mon dossier de réflexion et mon conducteur pédagogique.

Mes Constatations – Mes Contestations

PROLOGUE

Extrait d’un article paru dans la presse culturelle locale début 1992, à la demande des Directeurs des Conservatoires de Verrières le Buisson et du Plessis- Robinson et destiné à l’information des futurs élèves des classes de chant.

INITIATION A LA VOIX CHANTEE

De tous temps, l’art du chant a suscité beaucoup d’intérêt et de curiosité ; le fait est dû, sans aucun doute, à cette alchimie subtile et secrète qui, comme l’affirmait Platon, « libère d’un même élan l’âme et le corps ».
Les bienfaits générés par le chant sont unanimement reconnus et tout prosélytisme à cet égard est de nos jours inutile. Est-il nécessaire de rappeler en particulier, que outre le plaisir artistique, sa pratique s’accompagne de vertus thérapeutiques évidentes dans certaines pathologies.
L’envie de se révéler par l’action vocale habite chacun de nous et la preuve en est fournie par la bonne santé du mouvement choral. Le fait nouveau aujourd’hui réside dans la recherche d’une meilleure utilisation de l’appareil vocal et dans le désir de « travailler sa voix ».
Dans la plupart des cas, la décision est sujette à bien des hésitations. Elle ne sera définitive qu’a l’issue du premier entretien avec le professeur, une phase du parcours initiatique souvent ressentie avec beaucoup d’inquiétude par le postulant.
Afin d’en faciliter le déroulement, nous souhaitons délivrer toute l’information qui permettra aux intéressés de se familiariser avec les problèmes de la voix et par conséquent de se déterminer avec plus de conviction.
Relation simulée d’ un premier entretien
L ‘étude du chant, c’est :

– Un conditionnement physique-
– La maîtrise d’une technique –
– l’exercice d’un Art –

Le programme de travail ainsi exprimé, nous devons satisfaire les interrogations qu’il suscite, en particulier préciser, dès ce premier entretien, la part importante que prendra l’éducation musculaire dans le travail personnel du débutant.
La relation implicite existant entre l’étude de l’art vocal et sa nécessaire préparation physique, n’est pas évidente chez le néophyte. Elle demande un développement plus important Celui-ci résultera de l’exposé sur l’Anatomie et la Physiologie de l’Appareil Phonatoire proposé dans le cadre de la première séance de travail.
Dans l’immédiat, un élément de réponse tient dans cette évidence:
La fonction vocale n’existe pas en tant qu’entité instrumentale.
Ce qui existe, c’est la superposition de trois appareils dont les fonctions vitales n’avaient à l’origine que peu de rapport avec la phonation.

C’est en asservissant ces fonctions que l’homme a pu se constituer :
– Une soufflerie avec l’appareil respiratoire.
– Un générateur de fréquence avec l’appareil laryngé.
– Un système résonantiel avec les cavités pharyngo-buccales et cavités annexes.

La voix est dite « Placée » , lorsque les trois étages sont  » accordés « .

Réaliser l’acte vocal, c’est solliciter quelques deux cents muscles qui vont travailler dans une synergie totale.

Au premier plan de ce geste sportif : « La soufflerie « . Elle conditionnera et sera la base essentielle de l’édifice sur lequel reposera la technique du chanteur .C’est particulièrement ce point fondamental qui peut susciter un intérêt particulier chez le futur élève. Conscient de la nécessité d’un travail méthodique et instruit souvent par de savantes lectures sur le sujet, il risque la question :
– Quelle technique pratiquez-vous ?
Cette interrogation n’est pas dénuée d’intérêt. Elle est simplement un peu surannée ! Il est vrai que l’on trouve, encore de nos jours, des publicités émanant d’instituts privés, faisant état d’études vocales basées sur le support de techniques d’origines diverses : Italienne, Slave, Anglo-saxonne etc… Depuis une vingtaine d’années, les travaux des grands laboratoires de la voix, en France comme à l’étranger, ont porté notamment sur le développement de l’imagerie médicale et sur les méthodes d’investigation de l’appareil phonatoire. Il est donc possible aujourd’hui d’optimiser les critères d’une bonne éducation vocale, surtout d’utiliser les moyens de la contrôler, de la visualiser et de la pérenniser. L’application personnalisée de ces nouvelles connaissances ouvre à la pédagogie du chant de telles perspectives, que vouloir la limiter dans une terminologie restrictive, apparaît actuellement comme un non sens et, dans certains cas, comme un appât  » racoleur « .
-Arrive l’instant de l’audition:
Si la voix est vierge de tout travail, cette première écoute n’apportera que peu d’éléments sur les possibilités d’évolution de la vocalité future. Seules seront perçues une approche de la tessiture, c’est-à-dire du registre exploitable et certaines caractéristiques du timbre. Le morceau interprété appartient généralement au répertoire de  » salle de bain  » et dans la majorité des cas, est assez peu compatible avec les capacités vocales du moment !
L’attitude dubitative du professeur appelle la deuxième question :
-A votre avis, cela vaut-il la peine que je travaille ma voix ?
La réponse est immédiate et affirmative. En dehors de cas très rares, handicapés par un dysfonctionnement majeur, toute personne normalement constituée et surtout motivée, de 7 à 70 ans, peut travailler sa voix et chanter correctement. Il sera apporté en prime, le réveil d’une foultitude de muscles mobilisant la face, le cou, la cage thoracique, le dos, l’abdomen etc… et le bénéfice d’un système respiratoire régénéré.
Avant de clore ce premier entretien, une précision importante :
La construction de « l’instrument voix » et son apprentissage, s’établissent sur un socle vocalique rigoureux (construction spécifique des voyelles). Cette phase de travail s’inscrit dans un cycle dont la durée est comprise entre six et sept mois. L’élève aspirant doit être
informé de cette mise en place, d’autant qu’elle s’accompagne d’une contrainte supplémentaire : l’arrêt de toute activité vocale en dehors des cours de chant ! L’efficacité est à ce prix. Si la motivation est de qualité, ces éléments interviendront peu dans la décision définitive.

Par conséquent, nous pouvons déjà souhaiter à ce nouvel élève, de trouver dans les études vocales qu’il va entreprendre, non seulement le plaisir musical recherché, mais au-delà, l’harmonie indicible des équilibres qui régissent notre personnalité.

Le placement de cet article en prologue à ce chapitre peut sembler en décalage par rapport à son titre ! Et pourtant…
Réfléchissons ! Ne devient-il pas urgent, que tout élève intéressé par des études de chant soit informé d’un cursus long, mais qu’il pourra bénéficier de la même base technique aujourd’hui parfaitement identifiée , quelles que soient le lieu et la structure pédagogique choisis ?
La mise en place d’une  » soufflerie  » en particulier, ne devrait pas être remise en cause lors d’un remplacement de professeur ou d’un changement de lieu d’études !
Convenons que ce n’est pas le cas aujourd’hui !
Autre suggestion : Depuis 20 ans , La physiologie de l’appareil est parfaitement définie et il serait souhaitable de mettre un terme à une pédagogie abusivement « métaphorique ».Se référer en permanence à des images transposées ne peut que pallier à une connaissance superficielle de l’appareil vocal ; Par contre, exceptionnellement, un complément imagé pourra dans certains cas, parfaire une démonstration.
En marge de cette réflexion, il serait également souhaitable que certains jurés d’examens puissent-être en phase avec l’évolution de la pédagogie : Comment ne pas réagir en entendant qualifier une émission  » couverte « (ou encore convergente) de  » tubée  » .
Est-ce au candidat d’expliquer la différence ?
L’exploitation des  » retours impédantiels » est la résultante des émissions convergentes. La projection labiale avec grand débattement mandibulaire libère un spectre sonore plus riche en harmoniques graves ; L’identification est déjà décelable dans le timbre et les attitudes; L’erreur pourrait être évitée!
La nouvelle génération, en tête des distributions internationales, démontre par une superbe présence vocale , l’apport généreux de cette qualité d’émission .
Que dire des concours de chant internationaux ?
Nos amis Chinois, Coréens et autres, nous éliminent dans notre propre répertoire avec en prime une intelligibilité du phrasé dont nous pourrions nous inspirer !
Serons-nous toujours en retard d’une guerre ?
Pour autant, nous ne découvrons pas un domaine inexploré ! Sans en être pleinement conscients, de grands artistes comme Mirella FRENY ou Michel DENS , pour ne citer qu’eux, ont été ou sont des références incontestables d’émissions qualifiées de «couvertes ». Le processus « impédantiel » est identique à celui évoqué plus haut, y compris le confort de l’appareil laryngé et l’économie de souffle.
Notons au passage que, outre la richesse vocale que nous reconnaissons à ces deux personnalités de l’art lyrique, l’évolution dans le temps de leur appareil vocal est exemplaire dans sa pérennité.
Michel DENS donnait des récitals à 83 ans et Mirella FRENY vient de se produire avec succès dans » La Pucelle d’Orléans  » de Tchaikosky : Elle 67 ans !
Par contre, Il est nul besoin de faire état de statistiques pour démontrer la plus grande vulnérabilité des émissions « ouvertes « . Les valeurs augmentées de pressions sous-glottiques sans contreparties acoustiques à l’étage résonantiel, engendrent souvent une usure prématurée de l’organe vocal.
Conséquence inhérente à cette qualité d’appui ; l’aisance scénique s’en trouve moins libérée et je suppose que les grands ténors « vaillants » de ma génération auraient été bien incapables de satisfaire les exigences de nos « génies contemporains » de la mise en scène! De surcroît, peut-être auraient – ils invoqué le respect dû aux auteurs pour éviter les dérives ou semble se complaire aujourd’hui l’art lyrique !
Avant qu’une interrogation du lecteur intervienne, , je prends les devants : Nous sommes bien dans le sujet !
Toutes les réflexions et considérations précitées figurent implicitement dans mes « Cahiers »..
En complément et en justification de la nouvelle pédagogie, les médias audiovisuelles devraient être un support appréciable en diffusant des émissions ou retransmissions artistiques de qualité. Nous constatons avec regrets que les horaires proposés sont souvent en phases avec des personnes souffrant d’insomnies ou s’adressent à des professions, en l’occurrence favorisées, celles des  » veilleurs de nuit « .
Plus avantagés sont les élèves intéressés par les « Variétés » : Chansons et Comédies Musicales bénéficient de productions abondantes où sont « lancées » des stars de  » l’électro-acoustique » avec supports médiatiques en conséquence: Les formations ultra-rapides sous tensions programmées peuvent éventuellement promouvoir « le stagiaire » déjà bien préparé antérieurement, mais induisent à contrario, une fausse idée du métier avec souvent pour corollaire, un mirage ou vont se perdre bien des illusions! .

L’éducation que reçoivent nos élèves, pour couvrir le large éventail de ce répertoire »variétés » procède de cycles identiques à ceux de la pédagogie du chant classique; c’est au niveau « excellence » qu’intervient la différenciation des styles et une préparation scénique adaptée.
Constatons à l’écoute des comédies musicales de création récentes , que les registres aigus sont souvent assurés par de faux appuis très « nasonnés » pour le moins et « nasalisés » pour le plus grand nombre : les protagonistes concernés seraient bien inspirés de reprendre le travail de leur soufflerie , ce serait un moindre mal !
Nous sommes conscients que la Comédie Musicale est un produit importé, arrivé en France avec le décalage habituel, comme tous produits en provenance d’ Outre-Atlantique:
– Etions- nous nous prêts ?
La « star » du moment peut-elle prétendre restituer tout ce qui a fait la spécificité des grandes personnalités artistiques qui ont initié les références du genre?
L’Opérette, qui se devait de figurer comme une valeur représentative de  » L’ Exception Culturelle Française  » illustrée par une infinité de compositeurs de génie, se meurt lentement…..
– « Ringard » ! – Vous avez dit « Ringard  » ?
D’accord pour réactualiser certains livrets , d’où le succès d’Offenbach qui ne s’en sort pas trop mal!
Mais les musiques tellement séduisantes des Lecocq, Audran, Varney, Messager, Planquette et les autres, une page entière n’y suffirait pas, ne sont -elles plus au goût du jour?
Ne soyons pas sectaires ! l’Allemagne et d’autres pays européens nous ont suivis dans ce genre de théâtre musical et des compositeurs comme Lehar et la famille Strauss ont signé de célèbres opérettes.
Quand à la qualité des productions et des fastes des réalisations scéniques , j’en appelle à ceux qui en 1948 ont assisté aux représentations de » l’Auberge de Cheval Blanc  » au Théâtre du Châtelet!
Toute la façade de l’édifice était transformée en Auberge Tyrolienne, animée par les artistes des chœurs au balcon ; Avant d’entrer, nous étions déjà dans le ravissement !
Que dire de la magnificence du spectacle ! Une machinerie autorisant les changements de tableaux à vue, tous superbes et rivalisant par la somptuosité de leurs décors et de leurs costumes. Les déplacements de certaines actions scéniques se développaient dans la salle, les praticables , central et latéraux, nous apportant à notre place, la présence du plateau.
Et puis, gardons pour la fin, la musique si diversement colorée et enjouée de Benatzky servie par des artistes, tout à la fois comédiens talentueux et chanteurs confirmés, l’ensemble soutenus par un orchestre d’une tonicité étonnante dans sa participation au rythme de la représentation.