Démons et sorciers : les créatures du diable

Prix spécial du jury des Imaginales 2007.

Après avoir exploré le monde des esprits de la nature, puis celui de l’au-delà, le Grand Légendaire de France consacre son troisième volet au grand maître des croyances populaires, celui que l’on ne nomme pas, de peur de le voir apparaître, le Diable en personne. Principe du Mal, relégué dans les Ténèbres, le Prince de l’Enfer semble se plaire sur terre, si l’on n’en croit le grand nombre de récits qui le mettent en scène. En quête d’une âme à saisir ou d’un innocent à posséder, le Malin, qui ne l’est pas toujours, invente mille et un tours pour arriver à ses fins. Il a à son service des serviteurs fidèles, sorcières et sorciers, qui l’honorent au sabbat et répandent autour d’eux charmes et maléfices. Si l’Eglise présente un Diable terrible et puissant, la plupart des récits populaires n’adhèrent pas à cette théâtralisation démoniaque. Le Diable rustique, plus humanisé, reste un personnage craint, mais dont on peut facilement déjouer les perfidies.
Ce deuxième volume du Grand légendaire de France réunit, pour la première fois, région par région, les histoires populaires collectées par les folkloristes du XIXe siècle, des récits et témoignages émanant des ouvrages de démonologie qui accompagnent, à la Renaissance, la grande chasse aux sorcières et ses bûchers, ainsi que quelques textes inédits, livrets des XVIe et XVIIe siècles, lesquels relatent sous la forme d’un fait divers, tel ou tel agissement du diable.
La diversité et la richesse de ce choix permettent une vision globale du monde sorcier et témoignent de son extrême vitalité. Il ne nous reste plus qu’à vous mettre en garde à la façon des anciens grimoires « Lecteur, tourne la page si tu es assez hardi » !

 

Extrait de l’ouvrage

 

MOUN AMO

Un vieux paysan, très madré, mais peu riche, avait envie d’une pièce de terre voisine de son bien ; et comme il n’avait pas l’argent nécessaire pour l’acheter, il résolut de se la faire payer par le Diable.
Donc, il se procura un petit chien de naissance, qu’il éleva avec soin. Il  avait soin de ne jamais l’appeler quand il était devant quelqu’un ; mais lorsqu’il était seul, bien enfermé chez lui, il appelait ce chien Moun âmo ; et il prononça ce nom si souvent, que la bête s’habitua à venir à cet appel ; en même temps, il habitua l’animal à mordre les mollets de ceux qui voulaient l’attacher à une corde.
Quand le chien fut bien habitué à accourir au nom de Moun âmo, et à mordre ceux qui essayaient de l’attacher, le paysan évoqua le Diable, et lui dit :
“Aï envéjo de ti vendré moun âmo, quand m’en dounès ? (J’ai envie de te vendre mon âme, combien m’en donnes-tu ?)”
Le Diable, alléché par l’espérance, offrit aussitôt une certaine somme ; le paysan marchanda, jusqu’au moment où le maudit eut offert le prix de la terre convoitée.
Alors, le madré  paysan lui dit :
“Marché conclu ; paie”.
Le Diable se hâta de compter la somme en beaux écus sonnants. Quand le paysan l’eut empoché, il se mit à crier :
“Moun âmo ! Moun âmo ! Veni eici, ti vendi oun Diablé ! ”.
Le chien accourut ; le Diable essaya de l’attacher pour l’emmener, quoiqu’il fût terriblement désappointé d’avoir acheté un chien au lieu d’un chrétien. Mais le chien, qui avait été dressé à mordre les mollets de celui qui voulait l’emmener avec lui, lui donna un violent coup de dent ; et le Diable fut donc obligé de s’en aller : sans âme, sans chien et sans argent.
[Laurent Jean-Baptiste Bérenger-Féraud, Superstitions et survivances, Provence, 1896]

 

 Quelques extraits de presse…

« Une anthologie indispensable » (Dauphiné libéré, 19 février 2007)

« Un recueil qui clôt admirablement la trilogie de ce Grand Légendaire de France.  » (Chroniques de l’imaginaire, Mars 2007)

« A l’instar des précédents volets de ce Grand Légendaire de France, Démons et sorciers est une véritable mine d’or pour qui s’intéresse aux croyances et folklore français » (Elegy, avril/mai 2007)