Le grand livre des contes populaires

Préface de Claude Seignolle

« Ce volume réunit le meilleur de ceux qui furent les grands collecteurs du XIXe siècle. Patients Homères des provinces, ils ont consacré savamment leur vie à sauvegarder, tels que dits, le savoir et l’esprit des conteurs transmetteurs d’une littérature orale dans sa force et sa forme séculaires. Jean-François Bladé, Louis Lambert, Anatole Le Braz, François-Marie Luzel, Adolphe Orain, Paul Sébillot et tous ceux dont le nom figure ici, dans ce Mémorial de  papier-livre, allèrent de village en village, de ferme en ferme, écouter et noter patiemment les histoires qui charmaient des auditoires attentifs et participants. Ils nous offrent aujourd’hui à entendre cette musique d’intonation de mots vieille comme le monde. Marie-Charlotte Delmas s’est faite ici collecteuse de collecteurs. Elle est bien leur petite -fille attentive, fidèle et respectueuse de leurs écrits que l’on me permettra de qualifier de sacrés, tant eux-mêmes ont respecté la mystèrieuse divinité qui a généré ces histoires façonnées par les siècles et qui sont la mémoire de l’enfance et de l’humanité rurale. »

Claude Seignolle

 

Extrait de l’ouvrage

 

Bien malin celui qui pourrait dire à quand remonte telle ou telle variante d’un conte populaire, et sur quel continent il a vu le jour. On croyait tenir la première version de Cendrillon lorsque Giambattista Basile (1634-1636) publia cette histoire dans son Pantamerone ; et puis, un sinologue américain dénicha une version chinoise du IXe siècle. Seul l’écrit permet de dresser une généalogie qui peut prétendre retrouver la source d’un motif ou d’une histoire. Ainsi, pour remonter dans le passé d’un conte populaire, il faut que ce dernier ait eu la chance d’être transcrit. Mais qui peut dire si l’histoire du géant aveuglé par son captif, que l’on retrouve en France, mais aussi dans de nombreux autres pays, s’est inspirée de l’aventure d’Ulysse et du géant Polyphème de l’Odyssée, ou bien si elle préexistait au récit d’Homère qui n’aurait fait que la recueillir ? 
Qu’importe la source à laquelle les contes populaires sont puisés. Qu’importe qu’ils aient été entendus dans une veillée, à un banquet de mariage, dans le sermon d’un curé ou transmis par une nourrice, lus dans un livre, un livret de colportage ou un almanach. L’art du racontage est un art du peuple. Il appartient au domaine de la littérature orale et chaque conteur, en fonction de son talent, produit une nouvelle création. Tel un tailleur qui bâtit un nouveau costume, le conteur emprunte un patron, puis il choisit son étoffe et son fil, taille et assemble les pièces à sa guise, ajoutant ici et là des galons et autres garnitures de passementerie. Et l’histoire qu’il raconte à son public servira elle aussi un jour de trame à nouveau conteur qui la tissera à sa main. Mémoire, fantaisie, poésie et imaginaire des conteurs participent tout à la fois à la transmission du récit et à sa déformation, son enrichissement. A chaque nouvelle performance, le conteur adapte le récit à son auditoire, aux réactions de l’assistance. Il module sa voix, ajuste ses effets.  Ainsi vont les contes, d’une bouche à l’autre, au fil des siècles, matériaux fragiles et mouvants… (Extrait de l’introduction)

Quelques extraits de presse…

Le grand livre des contes offre un panorama de l’imaginaire populaire ancestral de la France… on ne résiste pas au plaisir de s’en laisser conter par des faiseurs de peurs ou de rêves qui nous séduisent toujours » Yannick Pelletier (Ouest-France, 2 novembre 2007)

Il était une fois, dans un grand royaume hexagonal, une dame passionnée. Cette amoureuse des contes et légendes exhumait, récoltait et éditait sans relâche les récits des anciens dans des ouvrages aussi riches et enthousiasmants que Les Contes de Perrault dans tous leurs états ou Fées lutins : les êtres de la nature. A vrai dire, elle continuait le travail titanesque entrepris par des hommes et des femmes du XIXe siècle… Plusieurs décennies après, un de leurs illustres descendants, Claude Seignolle, vaillamment, et brillamment, repris le flambeau (ajoutant des étincelles de fantastique dans cette quête effrénée) pour enfin, le passer à notre « collecteuse de collecteurs … Voilà comment, aujourd’hui encore, Marie-Charlotte Delmas nous transporte au sein de mondes étonnants, merveilleux. » Samia Hammami, agrégée en langues et littératures romanes, professeur à l’Université de Liège (Le Magazine des livres, janvier-février 2008)