La Magie amoureuse, charmes et sortilèges populaires

Tapis au fond des grimoires du MoyenAge et de la Renaissance, étalés dans les almanachs largement diffusés dans nos campagnes au XVIIIème siècle, les sortilèges, charmes et envoûtements relatifs à l’amour et à la sexualité sont entrés dans la culture populaire et demeurent, aujourd’hui encore, profondément ancrés dans les mentalités. Trouver un mari, éloigner une rivale, « nouer l’aiguillette » (rendre impuissant) ou au contraire la dénouer, s’assurer une longue vie de bonheur, ces préoccupations éternelles ont été au fil des siècles l’objet de tout un savoir magique, entretenu et compilé, depuis l’héritage gaulois et romain jusqu’à la magie religieuse des saints chrétiens. Bien sûr, on ne croit plus en la magie, dans notre époque rationnelle et matérialiste. Mais on effeuille une marguerite elle m’aime un peu, beaucoup…, on grave ses initiales entourées d’un coeur sur l’écorce des arbres, on découpe le voile de la mariée pour l’offrir aux invités, on cherche des trèfles à quatre feuilles, on coiffe sainte Catherine, autant de pratiques magiques qui se sont maintenues jusqu’à nous, privées de leur sens originel.Ce livre très illustré de la folkloriste Marie-Charlotte Delmas est un retour aux sources d’une magie de terroir, celle des remèdes de « bonnes femmes », des grand-mères un peu sorcières des campagnes du temps jadis. Après tout, on ne sait jamais : si ça marchait ?

 

Extraits de l’ouvrage

 

LES SIBYLLES DES JARDINS

Les jardins regorgent de plantes qui peuvent se révéler d’excellentes sibylles pour qui les interroge. Effeuiller la marguerite reste un grand classique des oracles amoureux. Sa célébrité lui valut d’être à l’origine d’un proverbe. Aimer à la franche marguerite évoquait un amour sincère.  La méthode est simple et peu coûteuse. En ôtant chaque pétale, après avoir posé la question “il m’aime” ou “je l’aime”, il faut répéter “un peu, beaucoup, passionnément, à la folie,  point du tout”. Le dernier pétale ôté donne la réponse. Toutefois, il existe des variantes à cette consultation. On peut, par exemple, faire enlever quelques pétales à une personne avant de commencer. On appelle cela, ôter la part du diable. On peut également modifier ou agrémenter la formulette. Jadis dans le Poitou, on disait “Elle m’aime un peu, beaucoup, par fantaisie, par jalousie, pas du tout”, tandis qu’en Normandie, on commençait l’effeuillage par cette invocation “Marguerite, fleur petite, rouge au bord, verte autour, Ah ! Dis-moi le secret de mes amours.” Si, par malheur, le consultant termine son effeuillement sur “point du tout”, pas de panique. Rien n’est perdu s’il parvient à glisser trois fleurs sous l’oreiller de sa bien aimée.

Il est également possible, en suivant la même méthode, d’interroger la marguerite sur d’autres aspects de la vie sentimentale. Pour savoir si l’amoureux tant attendu se présentera au rendez-vous “Viendra, viendra pas” ou encore, comme en Haute-Bretagne, quelle sera sa situation « Fille, femme, veuve, religieuse », « Gars, homme, veuf, religieux ».

Enfin, si vous n’avez pas de marguerite sous la main, sachez que vous pouvez faire la même chose avec une pâquerette, un bouton d’or ou en détachant les corolles de la Queue de Renard, comme les filles du Maine. Les Bretonnes ôtaient, une à une, les graines d’une espèce d’avoine, tandis que les Picardes consultaient l’ivraie en commençant par les feuilles du bas et en disant « M’marierai, m’marierai point ! ». En Auvergne, on interrogeait la fougère pour connaître l’état civil de son futur amoureux. A chaque foliole ôtée, on répétait « Prêtre, marié, garçon ».

Les feuilles de houx répondent également aux filles qui les consultent sur leur futur état. Il suffit de toucher chaque pointe épineuse du bout du doigt, en disant : « Fille, femme, veuve, none… ». Les Bretons se servent de ce procédé pour définir le caractère du futur époux « Honnête, gredin, espiègle… » et les Américains pour compter les mois ou les années qui séparent le consultant d’une union « Bientôt, cette année, l’année prochaine, jamais ».

Un autre procédé très célèbre en matière de divination consiste à souffler la chandelle du pissenlit. En dispersant ses aigrettes duveteuses, il est possible de savoir combien de temps nous sépare d’un prochain amour. Plus elles mettent de temps à toutes s’envoler, plus il faudra compter d’années… ou de semaines, si l’on adapte un peu la règle pour garder le moral. La direction que prennent les aigrettes en s’envolant est aussi porteuse de présages. Si elles s’élèvent, le bonheur est assuré, mais si elles retombent sur le sol, ce n’est pas très bon signe. Si elles vont à droite, l’amour est en route ; à gauche, il faudra faire face à des obstacles. Enfin,  si les aigrettes se dirigent vers une autre jeune fille, celle qui vient de les souffler a toutes les chances de se faire « souffler » son amoureux. Dans une variante bretonne, on utilise le pissenlit pour savoir à quel degré l’on est aimé. Si toutes les graines s’envolent, c’est le signe d’une belle passion, mais plus il en reste attachées à la tige plus l’amour est faible.

Certaines feuilles d’arbustes ont besoin de la chaleur du feu pour livrer leur oracle. C’est le cas du myrte, jadis consacré à Vénus. A plusieurs reprises, le myrte protégea la nudité de la déesse qui, par reconnaissance, l’adopta comme sa plante. C’est pour cela qu’à Rome, les nouveaux époux se coiffaient de couronnes de myrte le jour de leur noce. Comme la  magie populaire se plait à mélanger les traditions païennes et chrétiennes, la divination par les feuilles de myrte, peut aussi être réalisée avec des feuilles de buis, symbole de la fête des Rameaux. L’une ou l’autre de ces plantes peuvent mettre fin à la cruelle incertitude des amoureux qui veulent savoir si leurs sentiments sont partagés par l’autre. Voici donc comment il faut procéder :
Le jour de la fête des Rois Mages, posez sur une pelle à feu, déjà chaude, deux feuilles de buis ou de myrte. Donnez votre nom à la première et le nom de la personne pour qui bat votre cœur à la seconde. Si les deux feuilles se rapprochent l’une de l’autre, c’est un excellent présage qui peut même mener à une union. Si vous ne disposez pas d’une cheminée, il est sûrement possible d’utiliser une poêle à frire.

 

Quelques extraits de presse…

« Au temps des téléphone portables, des consoles virtuelles et des tests génétiques, existe-t-il encore une place pour la magie dans notre époque rationnelle et matérialiste ? Oui, au moins quand on parle d’amour ! On effeuille encore la marguerite, on inscrit ses initiales entourées d’un coeur sur l’écorce d’un arbre, on coiffe sainte-catherine, on découpe le voile de la mariée pour l’offrir aux invités. toutes ces pratiques magiques se sont maintenues jusqu’à nous, souvent privées de leur sens originel.
Ce livre richement illustré passe en revue toutes les coutumes magiques du terroir, depuis l’antiquité celto-romaine jusqu’à nos jours, relatives à l’amour et à la sexualité. Des grimoires du Moyen Age et de la Renaissance aux remèdes de « bonnes femmes », Marie-Charlotte Delmas nous offre ici un ouvrage érudit et passionnant. A s’offrir ou à offrir d’urgence à tous ceux que la magie amoureuse continue de surprendre tous les jours ! » (Doctissimo)

« Ce pourrait être un vieux livre déniché dans le secret d’une malle… un recueil savoureux… Une jolie récréation amoureuse. » (Nous Deux)

 » C’est toujours avec beaucoup d’intérêt que nous nous penchons sur les livres de Marie-Charlotte Delmas. Sa grande érudition, sons sens des recherches et surtout la précision et la fluidité de son écriture aboutissent souvent à des oeuvres très agréables à lire et très instructives. Et c’est une nouvelle fois le cas ici avec cette petite compilation des manies, recettes et secrets amoureux. La folkloriste souligne dans son introduction combien magie et amour sont liés. C’est probablement le domaine où il existe le plus de philtres en tous genres et de formules sorcières car c’est le désir de toute jeune fille, femme ou gentilhomme que de se lier à l’âme chérie. Les amoureux se délecteront donc des superstitions et explications que renferme ce beau livre si bien illustré et mis en page. Vous y prierez Saint-Nicolas, Saint-Valentin ou d’autres moins catholiques, enfoncerez des aiguilles dans les arbres et rochers, apprendrez à nouer l’aiguillette, à concocter des breuvages à base de poils de chat et d’insectes broyés, etc. Une petite perle à glisser sous l’oreiller de l’être aimé. » (Peuple féerique)